Après le fléau des déserts médicaux, celui des déserts syndicaux ?

Share Button
image (7)

« A travers les innombrables vicissitudes de la France, le pourcentage d’emmerdeurs est le seul qui n’ait jamais baissé » André Pousse, Une veuve en or (1969), écrit par Michel Audiard

La Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques a livré hier une photographie inédite de l’état des forces syndicales en France. D’après une enquête portant sur plus de 30 000 salariés, la proportion de syndiqués dans la population active en 2013 serait de 11%. Pour rappel, ce taux moyen est estimé à 25% dans l’Union européenne.

Ce qui frappe, plus encore que notre retard syndical, c’est la différence qui se creuse entre les salariés du privé et les fonctionnaires : moins de 10% des entrepreneurs sont syndiqués, contre 20% des agents publics.

Après le fléau des déserts médicaux, celui des déserts syndicaux ? On ne peut plus vrai pour les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et de la construction, qui comptent chacun un peu plus de 4% de syndiqués. Il apparaît aussi que la stabilité professionnelle favorise la syndicalisation : 2% des salariés en CDD et 1% des travailleurs intérimaires sont syndiqués. Ajoutez à cela la prise en compte de l’âge (on compte seulement 3% d’adeptes du syndicalisme chez les moins de 30 ans), vous obtiendrez le portrait du parfait syndiqué : un homme de 60 ans travaillant, depuis sa majorité giscardienne, à la SNCF.   

Mais alors, quid des chômeurs, des auto-entrepreneurs, des employés de TPE qui se voient imposer, impuissants, des négociations auxquelles ils n’ont même pas participé ?

C’est justement parce que la France souffre d’un faible taux de syndicalisation que le dialogue social doit impérativement se tenir au niveau de l’entreprise. Voilà pourquoi l’inversion des normes contenue dans la loi El Khomri est une vraie chance pour notre pays ! Cette mesure de souplesse permettra de dégager des solutions adaptées aux nouveaux besoins. Et par la même occasion, de réconcilier la vie juridique avec la vie économique.  

Le dialogue social ne devrait jamais pouvoir être assimilé à un entre-soi : il n’a de sens que s’il part de la variété des situations pour déboucher sur une synthèse de tous les acteurs de la vie économique. En inversant les normes, la France admet que le monde change et qu’il est primordial de discuter des problèmes au niveau de l’entreprise.

Il existe une corrélation positive entre le taux d’emploi, le taux de syndicalisation et des relations professionnelles coopératives. Encore une bonne raison pour déplacer le dialogue social des syndicats vieillissants aux PME innovantes. 

H.Chalvin

Share Button

ARTICLES SIMILAIRES

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 
FERMER
CLOSE