L’ ubérisation fait-elle de nous tous des entrepreneurs?

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Face à l’ubérisation, comment installer dans le droit l’exception d’innovation ?

ubérisation Taxi

« – Je voudrais pas qu’on vous enlève votre permis à cause de moi… – Vous inquiétez pas m’sieur, j’l’ai pas le permis ! » (Taxi, 1998)

Uber a été condamné hier à 800 000 euros d’amende, dont la moitié avec sursis, pour son appli UberPop, suspendue depuis juillet 2015.

Déclarée coupable de complicité d’exercice illégal de la profession de taxi, pratique commerciale trompeuse et organisation illégale d’un système de mise en relation de clients avec chauffeurs non-professionnels, l’entreprise a fait appel. Il n’y aura donc pour l’instant aucun impact sur son activité en France.  

Les parties civiles avaient requis plus d’une centaine de millions d’euros de dommages et intérêts pour le préjudice matériel : mais aucun taxi n’a pu présenter de documents comptables prouvant une baisse de son chiffre d’affaires liée à UberPop. Le tribunal a néanmoins retenu le préjudice moral, estimant que « les prévenus ont dénié aux taxis les contraintes et exigences spécifiques de leur métier, comme la formation et l’obligation de disposer d’un terminal de paiement ».

Pour Uber, « le débat sur le transport à la demande entre particuliers continue ». En effet, le 22 juin s’ouvre le procès de Heetch devant le tribunal correctionnel de Paris, pour exercice illégal de la profession de taxi. L’appli de covoiturage urbain, qui met en relation chauffeurs et particuliers pour les trajets entre 22 h et 5 h à Paris, Lyon et Lille, risque une interdiction. Pourtant, la start-up ne répond-elle pas à des objectifs d’intérêt général – désenclavement des banlieues, protection des citoyens éméchés par l’alcool ?

N’en déplaise aux chauffeurs de taxi, toutes les entreprises vont prochainement tomber dans l’économie collaborative. Pourquoi y voir uniquement des points négatifs ? Grâce à l’ubérisation de la société, nous pourrons bientôt tous devenir des entrepreneurs. Et réaliser nos rêves d’enfants. 

D’aucuns seront banquiers grâce à Lendix (comme quoi il était inutile de vous battre avec votre frère pour faire la banque au Monopoly) ou cuisiniers avec Comuneat (avouez qu’il n’est pas si loin le temps où vous proposiez à votre mère un bon repas concocté sur les fourneaux de votre dînette). D’ autres seront chauffeurs via Uber (qui n’a jamais sorti la voiture du garage sur les genoux de son père ?), hôteliers sur AirBnB (on hésite à vous remémorer vos maisons Barbie, Playmobil ou Polly Pocket) et même stylistes via le Bon Coin (ce serait justice parce que votre sœur a eu la plus belle poupée Corolle à l’arbre de Noël de 1993).  

Un peu de sérieux. La question que se posent aujourd’hui les entrepreneurs et leur ministre préféré est la suivante : comment installer dans le droit l’exception d’innovation ? En attendant de trouver la réponse, les entreprises du numérique gagnent du terrain : personne ne peut aller contre le sens de l’Histoire. Pourquoi alors la France s’obstine-t-elle à perdre en freinant ses propres start-up ?

H.Chalvin

(Source : Le Monde / La richesse des nations après la révolution numérique par Nicolas Colin)

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